Je ne comprend plus. Ou plutôt je n’ai jamais vraiment compris, mais je n’arrive plus à l’accepter. Comment tous ces gens font-ils, comment le monde entier fait-il pour continuer à tourner. Certes je peut comprendre qu’il existe des exceptions, des gens heureux et d’autres qui se mentent plus que le commun. Mais ceux-la suffisent-ils à maintenir cette machine sociale en place ? Si tout le monde ressent cette horreur de l’(im)monde, si tout un chacun est réellement affecté de la tendre indifférence du monde, de la vanité de nos peines et de l’horreur qu’est nos vies, car nos vies sont horreurs; nous naissons dans la douleurs, vivons envers elle et mourrons comme des chiens, bouffés par les vers. Si cela s’applique à tous donc, pourquoi est-ce que tout le monde continue ? Par simple inertie ?
Cette chienne de vie n’est qu’une bâtarde et de mémoire incertaine je citerais Céline qui éructait de sa prose puante il faut baiser cette salope autant que possible avant d’en crever. Certaines peluches roses auraient appelées ça Carpe Diem, mais c’est le « ça déprime » de l’horreur.
Et moi je suis là, au milieu. Je regarde les quelques gouttes de pluies sur ma vitre et dehors les lumières pales des lampes au sodium. Bientôt elles s’éteindront parce qu’on à pas besoin d’éclairage quand l’étoile se lève, dans la brulante obscurité. Sècheresse de l’âme et sècheresse d’espoir, je rumine d’incompréhension. Qu’est-ce qui me rend différent ? Pourquoi suis-je tant accablé, blessé, brulé par le simple quotidien ? Quelle fatalité m’est donc échue pour que je ne puisse vivre en faisant semblant, comme tout autre ? Des torrents de détresses m’agressent, des flots d’humeurs m’étreignent et je sent monter en moi des choses sans nom, que ferais-je contre elles ?
J’ai froid, je grelote. Je ne sais même plus si je me tourmente ou si j’expie, sans doute un peu des deux. Puis je reste lettre morte, des mots lancés d’une agonie qui n’atteindront aucun but puisqu’ils n’en ont pas. Je suis un blasé de l’espoir sans avenir et sans projet, trouve lui un titre maintenant à cette vie, hé ducon … je ricane contre moi même, l’ironie c’est tout ce qu’il reste. Je repense à cet auto-portrait, il y 6 ans et rien n’a changé, seulement la liste des désillusions qui s’est épaissie. Je m’apitoie, c’est vrai, et sur la place publique encore. C’est seulement qu’il n’y a personne à qui parler, personne qui puisse comprendre, seulement des mots d’éther qu’on peut jeter et puis rester seul.
Je regardais le mythique Apocalypse Now de Coppola et je me disais, qu’au fond, malgré tout ma répugnance pour l’autoritarisme, l’armée et l’horreur que la guerre représente en général, je crois que j’aurais aimé y être, là-bas, à crever dans la jungle du Viêt Nam. Évidemment, en ce qui concerne l’horreur, n’importe quelle tranchée, de n’importe quel conflit pourrait faire l’affaire. Mais celui-ci est particulier en ce sens que l’image dont nous avons aujourd’hui est matinée d’une douce folie inculquée par le miroir déformant de ce qu’on nous en a présenté.
Si on y réfléchit, il existe un parallèle très intéressant entre la vie et la guerre, l’horreur exactement. À ceci près que la guerre à ces avantages que premièrement on a pas vraiment besoin de réfléchir, on suit les ordres et deuxièmement on a un vrai objectif, trouer le gars en face avant que ce soit lui qui répandent vos tripes. L’ennemi est identifié, le combat aussi et peut-importe que ce soit pour de bonnes ou mauvaises raisons, pas le temps pour ça quand le prochain obu est peut-être pour vous, le Caligula moderne en somme.
Pour tout ça, je me dis qu’il aurait sans doute été plus facile d’aller mourir la-bas, que de vivre ici.