2a – esthétique de l’ennui …

Publié originellement le 27 novembre 2003 sur mouton.rebelle.

c’est un temps qui passe sans un bruit,
ces moments qui s’effacent dans le déni.

(ULg, Amphis de l’Europe, salle 604, 15h20, mardi 25 novembres 2003)

Autour de moi, ils sont là, tous présents, sans haine et sans effroi, fantômes de mon passé, démarquant à tout jamais cette frontière, rupture solidaire de cette solitaire asocialité.

Le changement, lui même, le seul à être constance, c’est lui qui frappe à la porte de mon être, c’est lui qui remue ce chaos existentiel et qui au final précipite passivité, inaction, auxquels succède inévitablement cette douce mort, cette disparition affective.

Car c’est de cela dont nous parlons, ce néant affectif, dont on ne sort que pour mieux replonger. C’est un paradoxe, une question sans réponse et qu’on énonce ainsi : « Préfère tu les déceptions ou les regrets ? ». Car l’horreur du monde est telle, qu’on ne peut y échapper.

(ULg, Amphis de l’Europe, salle 604, 09h10, mercredi 26 novembre 2003)

Reste l’espoir, ce traitre, la source simultanée de notre plus grande force et de notre plus grande faiblesse, comme il disait. Un bien cruel concept qui nous enchaine à croire, qui oblige a la fois comme le plus dur des tyrans ! Et pourtant, nous l’avons déjà dit mais je le répéte, et j’insiste, on ne peut y échapper.

Hier encore l’espoir se tenait à mes côtés, hier encore elle illuminait mes pensées. Illumination ? Aveuglement ! Paralysie de l’âme et de l’esprit, qui exprime ce non-dit, ces mots tendres que j’espérais tant dire, ces mots d’amour que je voulais tant écrire. Mais l’inaction toujours, ces gestes que j’attends, et toujours le temps qui efface ces instants sans gloire ou s’écroule mes éphémères décisions transformées à jamais en ultime regret. Et hier encore je grandiloquais sur cette décision déjà prise pour ce matin mieux l’oublier.

Et pourtant je l’aime, ou voudrais tant l’aimer, car peut-on appeler aimer si ce n’est partager, mais il y’a entre nous toute l’inertie du monde, et la vaincre me semble ainsi un combat sans espoir … Puis je voudrais simplement cesser d’y réfléchir et l’aimer sans conditions, sans reddition.

Je me meurs, chaque instant me rapproche de cet inévitable fatalité. Et pourtant j’ai l’espoir qu’en un instant, un de ces mots qui vous touche au coeur, un simple sourire au bonheur, je puisse commencer à vivre à jamais …

Ils sont là, autour de moi, et pourtant je suis si seul à présent, car il n’y a qu’elle, si belle, dévorant la vie comme un grand rire, niant l’horreur de ce monde. Si belle comme cette aube, une naissance, comme ce dégradé du soleil qui apparait. Je suis si seul, elle est si belle, l’esthétique de l’ennui.