Ce véritable fatalisme

J’aime qu’on parle comme on se déshabille, non pas pour se montrer,
mais pour cesser de se cacher
- A.C. Sponville

J’aime à m’exprimer. Constatation simple pour qui m’observe un peu. Où plutôt j’aime à m’afficher, montrer mes idées, les propager, les semer presque. À s’afficher ainsi on s’expose logiquement à la critique, on la provoque, la cherche même. Se montrer, s’exposer dit-on, c’est déjà faire preuve d’auto-critique. Fixer ainsi, subjectivement (voire « La petite note de subjectivité »), passe par une phase de jugement. Normal, logique, soit. Cela ne signifie pas pour autant que j’aie tord et les autres raisons (ou l’inverse), seulement que « nous n’avons pas les mêmes valeurs &raquo.

Je veux en venir au fait que le commentaire (la critique dans son sens non-péjoratif) qui me revient le plus souvent de mes expressions et une qualification de pessimiste et de Fataliste.

Je conçoit avec évidence comme il est facile de s’y méprendre, pourtant ce serait bien mal me comprendre que de s’arrêter là. Tragique méprise même, que celle-là.

D’abord le pessimisme. Voire toutes choses en noir. Est-ce tout ce qui s’en dégage ? Le vrai pessimiste y voit la normalité or tout ) l’opposé je m’en écrire, je dénonce. C’est le réel que je veux décrire, mon réel (la monade, le réel subjectivisé). Et ce réel n’a pas besoin que je l’interprète négativement pour être noir. Car j’affirme l’horreur de l’(im)monde, la tristesse de ce qui s’y passe et parallèlement je répète ne pas être pessimiste. Le malheur, la souffrance et la mort, nous y sommes tous confrontés, plus ou moins tôt ou tard, selon les cas. Mais ce sont des réalités bien concrètes, elles font parties du réel, elles sont objectives. C’est ça qui forme cette indicible horreur, la vie est objectivement souffrance et mort, elle aussi est donc horrible. Est-ce pessimiste ? Non, je ne nie pas l’existence du bonheur ou de l’amour, je décrit simplement quelque chose de vrai, j’écris une vérité qui me pèse car celle-ci est réelle. Et peut-être suis-je trop subjectif, mais ce n’est pas la le signe d’un pessimisme, seulement du refus du mensonge (voire « L’Irréel et le Sur-réel »). Au pessimisme j’oppose la vérité et l’amour de celle-ci, au pessimisme j’oppose la philosophie. « L’horreur reste l’horreur, la philosophie n’est pas là pour l’escamoter » (A.C. Sponville, L’amour, la solitude). Je veux juste poser mon expression en héraut, dénonçant cette réalité.

Au tour du fatalisme, l’ineluctabilité du malheur. Déjà de l’énoncer ainsi on se rend compte du ridicule de l’idée, la vie étant fatale (inutile de nier notre propre finitude) nous sommes tous fatalistes ou nous nous mentons. Mais il faut distinguer les fatalismes, l’un son sens réel, qui nous englobe tous et l’autre le sens péjoratif qui signifie la négation de l’évolution au profit d’une certaine idée de prédestinations comme un abandon (voire « Le Renoncement, la suffisance ») face à l’inéluctable. Je n’y adhère pas. Pourtant je ne crois pas au libre arbitre absolu, la liberté ou le choix. Ce sont des notions valable à l’échelle d’un individus, mais pas pour l’être social, ou elles sont dénuées de toute réalité concrète. « Qui se choisis soi ? », comme expliquait Sartre, la liberté n’est possible qu’à la condition de ne pas être. Nous sommes désespérément soumis au réel et n’avons pas le pouvoir indéterminé de se déterminer soi-même. Quand au destin, celui-ci n’est pas ce qui doit arriver, mais ce qui devrait arriver. Le destin c’est ce qui était évitable avant mais inévitable sitôt que l’évènement à eu lieu. Comme la cristallisation du chemin des possibles (cfr « l’Arithmétique de l’espoir »). Le destin c’est cette part de hasard, de chance qui fonde notre vie, car de nouveau : Qui choisit ? qui décide ? … Bien sûr certaines éléments dépendent de nous, mais également de milles facteurs qui n’en dépendant pas. Le destin en ce sens est le plus fort car l’horreur est la plus forte, la chance nous gouverne, même si notre conscience influe sur elle sans pour autant jamais la maitriser.

Tout cela fait-il de moi un fataliste ? Je ne le pense pas, même si la différence est subtile. Notre conscience nous permet d’influer, parfois énormément, sur le cours des choses, mais (je me répète, tant pis) c’est le réel qui nous englibe et non l’inverse d’où l’impossibilité de « l’impératif du bonheur » (voire « L’écrasant devoir d’être heureux » »). Je crois en l’évolution et au changement, je crois que nos décisions ont une influence sur le réel, de ces deux idées je me réclame d’un non fatalisme pratique. Grâce à cet amour de la vérité, je décrite maintenant ce véritable fatalisme.