Être amoureux (pédagogie passionnelle)

Il y a des phrases dans « Je t’Aime », pas que l’amour, pas que ça.
Des traces de temps qui trainent, il y a du non-dit dans ces mots là.
- Jean-Jacques Goldman

Laissez moi donc vous parler de la chose la plus importante dans nos vie en dehors de la subsistance. Car si dans la Mécanique continue des éléments discrets, au fond, il n’est question que de cela, voici l’occasion de parler plus concrètement de ce sujet. Il me faut tout d’abord correctement introduire la sémantique de ce discours car nous allons différencier deux éléments importants qui de prime à bord pourrais sembler confondus pour le lecteur non-avertit. Il s’agit donc de l’Amour et de son substantif Aimer qu’il s’agira de ne pas confondre avec « Être amoureux ».

Car « Être amoureux » est avant tout un état qu’on pourrais qualifier de dérèglement hormonal, ni plus, ni moins. La biochimie ne nous aidera sans doute pas à le définir avec exactitude, mais cela importe peu. Vous tous lecteur, l’avez sans doute ressentis, tant au niveau des symptômes en présence de l’élu(e) que de ce constat d’affect exacerbé oscillant entre la bonhomie joyeuse et contagieuse et le désespoir profond des sourdes inquiétudes. Autrement dit, Être amoureux n’implique que soi. On peut également observer que ce n’est qu’on état transitoire, parfois long, mais qui finis forcément par passer, heureusement sommes toutes. mais plus intéressant encore, en se comprenant assez il devient possible de déclencher cet état. Dans une certaine mesure, cette compréhension du phénomène permet également de lutter contre son apparition spontanée, ou du moins d’en accélérer le processus de rééquilibrage. Évidemment la perfection n’est pas de mise dans ces approches puisque cet état émotionnel (induit chimiquement) est essentiellement provoqué par un processus inconscient. Tout au plus peut-on tenter de tirer dans une direction. Comme le cas de non-réciprocité du phénomène l’illustre, on peut également déduire qu’il s’agit avant tout d’un état ego-centré et je citerais A.C. Sponville en illustration de cette assertion : « Comment aimer, par exemple, les enfants qu’on à pas encore ? C’est aimer ses espérances et l’on aime alors que soi ». Et il en est de même de l’état amoureux non réciproque. On peut d’ailleurs légitimement se demander ce qu’il en est en cas de réciprocité, bien que le fait d’aimer cet espoir commun change sans doute fondamentalement la donne.

Finalement je ne pourrais conclure cette définition sans insister sur l’importance de l’affect exacerbé dans le phénomène. C’est une des sources d’inspiration et un des moteurs les plus puissant de notre humanité. Il nous pousse à dépasser l’ordinaire pour rendre le monde extraordinaire. Le désordre hormonal agit comme une subtile alchimie, à la fois créatrice et destructrice. C’est avant tout une forme de magie qui envahis nos vies sans qu’on comprenne bien comment la contrôler, mais tout au plus qu’on peut tenter d’utiliser maladroitement. Tant au niveau physiologique que psychique c’est une des expériences les plus intense et intéressante qu’il nous puisse être donné de vivre.

Mais dans notre vie il est un autre sentiment, plus subtil, plus discret mais aussi plus sincère. C’est lui que j’appelle l’Amour, le philia. On pourrait naïvement le qualifier de désinteressé, mais cela serait abusivement réducteur (nous ne vivons de toutes façons pas pour ne pas nous intéresser). Toutefois on peut bien Aimer l’autre sans contrepartie, pour l’autre, sans autres raisons que de l’avoir décidé. Car si nos raisons sont sans doute profondément inconsciente,, l’expression de cet Amour, son acceptation même, sont des processus conscient. Je décide de t’Aimer, sans forcément comprendre pourquoi, mais c’est un choix pas une fatalité. Sponville encore disait d’ailleurs à ce sujet cette phrase délicieuse : « On aime pas quelqu’un pour ses qualités, on l’aime malgrès ses défauts » (réfléchissez-y, les implications sont nombreuses).

Cet Amour, s’il ne se justifie donc pas ne se mérite pas pour autant non plus. Encore une fois, permettez-moi de citer à des fin d’illustration Milan Kundera : « L’amour par définition est un cadeau non mérité, être aimé sans raison, c’est même la preuve d’un vrai amour ». Bien qu’il ne demande pas de contrepartie, il n’en a pas moins besoin d’entretien. Il peut survivre à des conditions extrême, mais une attention constante est nécessaire pour qu’il s’épanouisse et pareillement à l’état amoureux, c’est dans la réciprocité qu’il prend son essor pour le paroxysme. Cet amour dans le cadre d’un élément discret (et donc d’une temporalité finie) peut à priori ne pas connaître d’effacement. mais il faut noter que dans un cas d’application à une personne, celle-ci change et l’Amour porté à celle-ci doit le faire également (la cristallisation du sentiment, outre son aspect irréel et malsain mène seulement à une inadéquation sentimentale qui ne produira que du mécontentement et de la frustration des deux parties). Les formes que celui-ci vont revêtir au cours de cette transformation dépendant fortement de l’évolution ed la relation elle-même (car il n’est pas que l’autre aimé qui change, mais soi également).

Ceci étant dit, si on prend conscience qu’à la fois l’état amoureux et l’Amour peuvent revêtir les formes de la passion, la problématique de recouvrement devient évidente. Démêler les intrications de ces états émotionnels, d’autant plus qu’ils sont intenses, relèvent donc de la gageure. À cette fin j’utilise un critère qui permet d’aider la compréhension, celui d’exclusivité. L’état amoureux en tant que tel souffre en effet du critère d’exclusivité. Même si un glissement de cet état peut s’opérer, il ne supporte qu’un(e) élu(e) là ou l’Amour peut tout à fait être multiple.

La nécessité de la condition humaine impliquant le besoin irrépressible de ressentir ces sentiments, nous sommes donc, malgré la difficulté, liè à la compréhension de ces phénomènes, car au delà de notre humanité, c’est notre être qui se forme à travers eux, et ce sont ceux-ci qui donne tout intérêt à notre vie.

Que la vie vaille ou non la peine d’être vécue,
qu’elle vaille ou non, plutôt, la peine et le plaisir d’être vécue,
cela dépend de la quantité d’amour dont on est capable.
- André Compte-Sponville, Présentations de la philosophie